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Un cri dans le silence
La lumière du matin, filtrée à travers les volets presque fermés, semblait indifférente à la tragédie silencieuse de la nuit précédente. Elle s’infiltrait doucement, adoucissant, à sa manière, la gravité des événements qui s’étaient déroulés, ignorant le drame intime de cette petite pièce. Pourtant, Yuna, hantée par cette nuit tourmentée, s’arrêta un moment devant le miroir usé. La jeune femme qui la remerciait semblait changée, altérée par la violence de l’événement, marquée à jamais. Elle semblait fragile, vulnérable, comme si elle portait chaque jour un fardeau invisible qu’elle devait supporter seule, dans le silence de son âme.
Les cernes sous ses yeux, sombres et profonds, encadraient ses yeux vides, perdus dans un labyrinthe d’incertitudes, de questions sans réponse. Son visage, autrefois plein de vie, apparaissait maintenant fragile, prêt à se fissurer sous la moindre pression. Elle scruta chaque détail de son reflet dans l’espoir de découvrir une explication, un indice, un éclairage qui pourrait la guider. Mais il n’y avait que le vide, le silence intérieur, la sensation étouffante d’être perdue dans un brouillard d’indécision.
Pourquoi était-elle devenue quelqu’un d’autre ? se demanda-t-elle. Pourquoi cette impression persistante de rejet, de jugement, comme si le monde entier s’était ligué contre elle ? Ces questions tourbillonnaient dans son esprit, telles des vents furieux, sans jamais se calmer, infiltrant chaque recoin de sa conscience. Sa seule échappatoire semblait être la solitude glaciale qui l’enveloppait, l’éloignant de toute humanité.
Avec une main tremblante, elle repoussa ses cheveux, là où la lumière du jour semblait refuser de se poser. Comme si cette lumière, si paisible, en apparence, voulait lui refuser toute visibilité, toute reconnaissance. Le sentiment de déchéance et de chute inexorable pesait lourdement sur ses épaules. Sa vie, bien que banale en apparence, cachait un fardeau insoupçonné, une charge invisible qui l’attirait dans une spirale descendante.
Chaque matin, elle se réveillait dans une routine mécanique, quasi automatique. Se lever, se préparer en silence, aller en cours, revenir à la maison, se réfugier dans le silence. Chaque pas était un exercice de force, une tentative d’échapper à cette cage invisible qui l’enfermait dans une vie qu’elle n’avait pas choisie. En disparaissant, en effaçant sa présence, elle avait l’impression d’être emprisonnée par son propre destin, enfermée dans une cage que personne d’autre ne pouvait voir.
Son désir de fuir ce foyer toxique, cet environnement de paroles acerbes et d’atmosphère oppressante, représentait pour elle une lueur d’espoir, un rêve. Elle espérait une vie différente, plus lumineuse. Ses rêves prenaient souvent la forme de Thomas, un jeune homme de 22 ans, dont les promesses de bonheur semblaient offrir une échappatoire. Pourtant, il ne tarda pas à révéler ses propres failles, ne voyant en elle qu’un reflet de ses propres frustrations.
Le crépuscule s’étendait à l’infini, enveloppant la ville dans un silence pesant. Yuna s’allongea sur son matelas usé, dans cette chambre qu’elle connaissait par cœur. Mais chaque nuit, le sentiment d’étouffement s’amplifiait, transformant la pièce en une cage. Lorsqu’elle revêtait ses vêtements, souvenirs de ses escapades, elle essayait de s’accrocher à un semblant de liberté. Pourtant, cette nuit-là, une ombre pesante planait à l’horizon, annonciatrice d’une catastrophe imminente dont elle ne connaissait pas la nature.
Son geste pour un bisou de bonne nuit était un masque, une façade dissimulant ses véritables intentions : fuir, se protéger, échapper à l’étau qui l’étreignait. Ses yeux, habituellement remplis de rêves innocents, brillaient cette fois d’une lueur inquiétante. Lorsqu’il passa à l’action, tout changea. Ses mains devinrent brutales, creusant un gouffre de panique et de désespoir intérieur. Ses mots furent emportés par le vide, impuissants face à la violence qui l’envahissait.
Elle se souvient de la terreur paralysante, un mélange d’effroi, de colère refoulée, et de douleur innommable. Chaque pleur étouffé, chaque tentative de crier, se heurtait à une impassibilité brutale. L’instant s’étira en une torture insoutenable. Son cri muet, ses pleurs étouffés semblaient se perdre dans le néant. Yuna se sentit rétrécir, jusqu’à devenir presque invisible.
La souffrance physique et émotionnelle s’entremêlait, dessinant un tableau d’abjection qu’elle aurait voulu effacer, mais qui resterait gravé en elle. Ses mots, tranchants comme des lames, la blessèrent.
« Tu es inutile, » lui souffla-t-il un jour. « Un obstacle social, » ajouta-t-il. « Je ne te mérite pas, » poursuivit-il. « Je vais partir, » conclut-il. « Je vais sauter, » ou encore, « Je vais me planter. »
Chacune de ses phrases était un coup de plus dans la résilience de Yuna. Jusqu’au jour où un signal de survie, un appel à l’éveil, lui permit de fuir cette relation toxique. Sa fuite devint une délivrance, le début d’un voyage vers l’inconnu, vers une vie qu’elle espérait plus humaine.
En s’éloignant de son passé, le paysage familier devint une terre nouvelle. L’avenir restait incertain, mais chaque pas lui donnait l’espoir d’un lendemain meilleur. La route était longue, mais elle marchait, déterminée à écrire un nouveau chapitre où chaque souffle, chaque choix, était en son pouvoir.
Après une interminable nuit, elle sombra dans un silence engourdi. Son esprit s’échappa dans un espace intérieur, où la douleur n’était qu’une notion lointaine, où les larmes furent remplacées par une résignation glacée. Elle espérait que, en ouvrant les yeux, son monde aurait changé.
Mais la lumière du matin révéla sa réalité crue. Sa chambre, autrefois familière, lui était devenue étrangère, complice silencieuse de son expérience. Tout semblait transformé, enveloppé d’un voile de tristesse. Yuna se leva lentement, sentant le poids de chaque mouvement.
Dans ce monde hostile, elle savait qu’elle devait se reconstruire, renaître d’une manière ou d’une autre. Ce qu’elle avait perdu ne pouvait être récupéré, mais elle espérait se rétablir, morceau par morceau, espoir par espoir. Le visage dans le miroir ne serait plus jamais le même, mais elle savait qu’une force inconnue se préparait à surgir.
Elle sortit peu après, essayant de paraître normale, submergée par une marée d’émotions contradictoires. La routine quotidienne devint une évasion, un écran de fumée pour masquer ses blessures. Les rires et les échanges des autres semblaient distants, appartenant à une réalité parallèle.
Cependant, au fond de son cœur, une flamme d’espoir subsistait. Elle savait qu’elle devait se battre pour elle-même, pour retrouver son identité, sa voix. Chaque pas la remplissait de détermination, même si son chemin était obscurci par les ombres de son passé.
Yuna se dirigea vers la salle de bains avec une détermination renouvelée. Elle laissa l’eau couler en un filet régulier, le son apaisant d’une cascade artificielle remplissant l’espace exigu. Elle s’observa dans le miroir, ses yeux sillonnés de fatigue, mais nourris d’une lueur nouvelle. Elle savait que ce voyage vers la guérison ne serait ni linéaire ni facile, mais elle était décidée à avancer.
En sortant de l’appartement, elle fut accueillie par le brouhaha matinal de la rue. Le monde extérieur fourmillait de vie, tapissant son quotidien de bruits et de mouvements. Elle serra son écharpe autour de son cou, comme une protection contre le froid ambiant et les jugements invisibles. Chaque souffle de vent semblait murmurer des secrets d’encouragement, des promesses de jours meilleurs.
Son premier arrêt fut le café situé au coin de la rue. C’était un lieu modeste, mais rempli de la chaleur réconfortante des odeurs de café fraîchement moulu et de viennoiseries dorées. Elle s’installa à une table près de la fenêtre, observant les va-et-vient des passants à travers la vitre embuée. Les sourires et les interactions des gens lui rappelaient ce qu’elle avait perdu, mais aussi ce qu’elle pouvait retrouver.
Alors qu’elle sirotait son latte crémeux, son regard se perdit dans les pages d’un carnet encore vierge. Avec une hésitation d’abord, puis une détermination croissante, elle se mit à écrire. Les mots jaillissaient de sa plume, porteurs de ses espoirs, de sa douleur et de sa volonté de redéfinir qui elle était. Ce récit intime devint un exutoire, un moyen de transformer son expérience en quelque chose de tangible, de perceptible. Écrire la libérait des chaînes invisibles de son passé.
La sonnette du café retentit, annonçant l’entrée de nouveaux clients. Yuna leva légèrement les yeux pour apercevoir des visages familiers, des inconnus attachés à leur routine similaire. Et puis, un visage particulier captura son attention. Celui d’Haya, une ancienne amie dont elle s’était éloignée au fil du temps.
Haya avait le don singulier de faire sentir à ses amis que chaque moment passé ensemble était précieux. Sa présence éclairait les pièces, et malgré leur éloignement, Yuna ne se sentait jamais tout à fait seule en sa compagnie. Haya s’approcha avec un sourire doux, hésitant un instant avant de s’asseoir sans invitation à la table de Yuna.
« Ça fait longtemps, » dit-elle doucement, ses yeux scrutant le visage de Yuna à la recherche d’une indication, d’une ouverture.
Yuna hocha la tête, un sourire timide étirant ses lèvres, reflet fragile de la chaleur à renaître. « Oui, vraiment longtemps. Comment tu vas ? »
Haya parla d’une voix musicale, décrivant des anecdotes de son quotidien, parlant des études, de voyages récents, et dans ses mots, Yuna trouva une forme de normalité bienvenue, une ombre de réconfort. La conversation, d’abord hésitante, gagna en fluidité, chaque mot forgeant un pont entre deux âmes autrefois liées par une amitié robuste.
Petit à petit, Yuna sentit son cœur s’ouvrir, et avant qu’elle ne s’en rende compte, elle partagea certains fragments de sa propre vie, une mosaïque complexe tissée de douleurs refoulées et de résolutions naissantes. Haya écoutait, sa patience inébranlable et son regard empreint d’une compréhension silencieuse.
« Si tu as besoin d’un endroit où être toi-même, de quelqu’un à qui parler, où même fuir, je suis là. » Haya termina sa phrase en posant une main assurée sur celle de Yuna.
Ces mots réchauffèrent le cœur de Yuna, et pour la première fois depuis longtemps, elle ressentit la solidité d’une connexion humaine, une lueur d’espoir partagée. Elle avait encore un long chemin à parcourir, mais chaque interaction, chaque moment où elle faisait un pas vers le monde extérieur, représentait une victoire sur son passé.
Elles passèrent la matinée ensemble, deux amies réapprenant à se connaître, découvrant les nouvelles nuances de leur complicité. Lorsqu’elles quittèrent finalement le café, le monde semblait un peu plus lumineux, un peu plus accueillant que quelques heures auparavant.
En rentrant chez elle, Yuna était plus confiante, comme on regagne peu à peu l’usage d’un membre engourdi. Chaque jour, le poids de ses épreuves se faisait plus léger, à mesure qu’elle attrapait, à tâtons, les fils de son existence.
Ce soir-là, dans le silence de sa chambre, elle écrivit une nouvelle entrée dans son journal, non pas pour ressasser de vieilles douleurs, mais pour inscrire une promesse : celle de ne pas abandonner. De cicatrice en cicatrice, Yuna construisait peu à peu son architecture interne, tellement plus solide que les blessures qui la composaient.
Elle éteignit la lumière, se glissant sous les couvertures, l’esprit apaisé par le refrain rassurant d’une voie à suivre : avancer, simplement, mais résolument.
